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Crinière blonde

25 Février 2018, 17:40pm

Publié par Jean-Pierre FORESTIER

Crinière blonde
Les poulains

Il était une fois une maman jument qui avait une fille, une jolie pouliche beige. Sa robe, on appelle « robe » le pelage des chevaux, était beige doré.

- Elle s’appelle Dorade.

- Mais c’est un nom de poisson ! » Lui dit sa sœur.

- Si la daurade s’appelle Daurade, c’est que ce poisson a des reflets dorés, comme ma Dorade. Dorade est un très joli prénom », conclut la maman jument.

- Mais les poulains nés cette année ne doivent-ils pas avoir un prénom commençant par un A ? J’ai appelé le mien : Allegro.

La tante de Dorade se dit, que sa sœur avait eu une mauvaise idée de donner ce prénom à son nouveau poulain. Déjà qu’il est « différent » des autres ; elle aurait dû choisir un prénom plus classique.

Les princesses

Pendant ce temps dans le château voisin, une jeune princesse se faisait peigner les cheveux par sa maman.

La Reine voulait coiffer elle-même les magnifiques cheveux blonds presque blancs d’Oriane.

Les cheveux d’Oriane n’avaient jamais été coupés, ils étaient longs, très longs, blonds et presque blancs.

La jeune princesse mit ses lunettes pour s’admirer dans la glace, car Oriane était myope

- Je ne sais pas si je suis belle mais c’est vrai que mes cheveux sont très beaux. Par contre, je déteste ces lunettes ! Elles m’enlaidissent »

Oriane avait une sœur cadette, Odette. Odette avait aussi de beaux cheveux, mais ils étaient châtains, et plus courts que ceux de sa sœur.

Tous les gens en voyant les cheveux d’Oriane étaient béats d’admiration devant tant de beauté. Et, ils ne voyaient pas ceux Odette.

 

Allegro

Comme les autres poulains, Dorade passait sa journée à téter sa maman et à gambader dans les champs. Bientôt, elle commença à être sevrée et brouta de l’herbe. Sa maman lui apprit à choisir la luzerne pleine de protéines tellement bonnes pour la croissance des poulains.

Dorade goûta aussi quelques fleurs, certaines étaient amères et elle les recrachait. D’autres étaient délicieuses comme les fleurs de jeunes chardons.

Un jour qu’Allegro, le cousin de Dorade, s’apprêtait à brouter une pousse de jeunes chardons, quand Dorade arriva et le bouscula.

- Mais qu’est-ce qui te prend, dit Allegro en colère.

Et ils se battirent, debout sur leurs pattes arrière. Les moulinets qu’ils firent avec leurs pattes avant les faisaient ressembler à des boxeurs sur un ring.

Au plus fort de la bataille, Allegro chercha à mordre le cou de Dorade à l’endroit de la crinière, mais il retint son mouvement.

- Arrêtez de vous battre, tonna le papa d’Allegro qui venait juste d’arriver au grand galop

- Papa, c’est Dorade qui voulait me voler ce chardon. Elle m’a bousculé quand je voulais le manger.

- Mais pas du tout Allegro, je ne voulais pas te prendre ton chardon. Tu allais manger un papillon qui était en train de le butiner. Regarde, il volette autour de nous. Il vient de se poser de nouveau sur le chardon. Regardes comme il est beau.

- On dirait qu’il veut te remercier. C’est vrai qu’il est beau. Excuse-moi Dorade.

Puis quand le papa se fut éloigné, Allegro ajouta

- Nous avons fait une belle bagarre, n’est-ce pas Dorade !

- Tu sais moi les bagarres, ça ne m’intéresse pas beaucoup.

- Tu as tort, même les filles doivent savoir se battre. Elles doivent pouvoir au moins se défendre. Tiens, je vais t’apprendre la ruade.

- Si tu veux.

La taupe

Un jour Dorade s’apprêtait à brouter une touffe de trèfle quand une taupe sortit du dôme de terre qu’elle venait d’évacuer.

- Toi, tu es une bien jolie petite pouliche, » dit la taupe, « quelle belle robe tu as ! Tu es toute dorée. »

Après un moment de réflexion, elle ajouta «, «Il me semble qu’il te manque quelque chose, mais c’est vrai que je suis très myope »

Et elle recommença à creuser sa galerie, laissant Dorade interloquée,

- Je suis contente d’être jolie. Mais que me manque-t-il donc ? » Se demanda Dorade

Les louvetiers

Pendant ce temps, dans une clairière de la forêt, les louvetiers faisaient une pause.

- Capitaine pensez-vous que nous l’attraperons ce loup ?

- Bien sûr Petit. » Petit était un surnom affectueux indiquant l’inexpérience de l’apprenti louvetier car il était de très grande taille, au moins un mètre quatre vingt dix «, «Tu débutes dans le métier de louvetier. Tu as un bon coup de fusil. Tu tires vite et bien, mais tu dois apprendre à suivre la piste du loup.

- Je compte sur vous pour m’apprendre, Capitaine.

- Sais-tu que des savants pensent que si nous pouvons lire des lettres, c’est parce que nos ancêtres pendant des centaines de milliers d’années ont appris à « lire » les signes du passage des animaux. Notre cerveau sait lire grâce à des pisteurs comme nous.

- Non, je ne savais pas. Mais ce loup ? N’est-ce pas un loup un peu, spécial ?

- Spécial, non pas vraiment. Pourquoi me dis-tu ça ?

- Eh bien, non seulement il a dévoré des moutons, des poules, des canards et même des oies, mais aussi un poulain, plus exactement une pouliche, une jolie petite pouliche.

- oui c’est vrai. Il devait avoir faim et ne pas avoir trouvé de moutons. Maintenant qu’il a goûté à de la viande de poulain, il va certainement en attaquer d’autres.

- Et cette bergère ?

- Je n’aime pas trop en parler Petit, nous suivions le loup, mais nous sommes arrivés trop tard, il l’avait dévoré

- Certains disent qu’elle l’avait provoqué.

- Provoqué ! Comment ça "provoqué" ! Qui t’a raconté ça ?

- Euh ! Non Capitaine, c’est un bruit qui court.

- Elle ne l’avait pas provoqué ! Elle défendait ses brebis. Provoqué, provoqué ! Je me doute de l’origine de ces rumeurs. Si on les écoutait il faudrait protéger les loups des attaques des bergères !

- Espérons que cette fois, nous arriverons à temps.

Le capitaine lança un regard noir à son adjoint et reprit sa marche sur la piste du loup, tout en maugréant « provoqué, … provoqué …. ».

Le bouquet

Quand les deux sœurs furent peignées et prêtes, leur maman leur demanda :

- Pouvez-vous aller cueillir quelques fleurs dans le jardin ? Je voudrais faire un beau bouquet. C’est l’anniversaire de votre papa, et un beau bouquet de fleurs sur sa table lui fera plaisir. »

« Et le mettra de bonne humeur », pensa la reine.

- Avec plaisir maman, répondirent en chœur les deux princesses

- Vous êtes des amours de princesses, prenez des ciseaux car certaines fleurs sont délicates, il ne faut pas les arracher. Vous les couperez avec les ciseaux. …

- Oui, maman

- Et faites attention de ne pas vous blesser avec les ciseaux, mettez-les dans une boîte en fer.

- Oui maman

- Et vous n’oublierez pas de vous laver les mains en revenant.

- Oui maman.

- Et surtout, surtout ne sortez pas du jardin …

Un dernier « Oui, maman » se perdit car les deux princesses étaient déjà en train de courir vers le jardin.

Oriane partit donc avec un panier où elle avait déposé une paire de ciseaux dans leur boîte et sa paire de lunettes dans son étui.

Les deux sœurs commencèrent à cueillir des fleurs pour le bouquet de leur papa, mais bientôt elles passèrent plus de temps à jouer avec les papillons et à courir dans les allées du jardin.

Un poulain bizarre 

Arrivant au fond du jardin, près de la barrière, celle qui donne vers l’extérieur, Odette aperçut des poulains qui gambadent dans les grands prés verts.

- Regarde les beaux poulains, » dit-elle à Oriane, « nous devrions aller jouer avec eux,

- Tu sais bien que nous ne devons pas sortir du jardin, papa et maman nous l’interdisent. Et puis il y a une forêt pas très loin, …. Une forêt avec … des … loups.

- Tu as trop écouté Pierre et le loup ! Il n’y a pas de loup par ici.

- Loup ou pas loup, nous n’avons pas le droit de sortir seules du jardin.

- Tu es une poltronne », répondit Odette moqueuse, et elle ajouta, « regarde comme ils sont beaux ces poulains.

Tout un groupe de poulains gambadaient dans la prairie.

- Il me semble qu’un des poulains est bizarre. Il a quelque chose de différent des autres. Il faudrait que je mette mes lunettes.

- Je ne vois pas de quel poulain tu parles. Allons voir de plus près ! Allez viens, tu n’as pas besoin de tes lunettes.

Odette avait envie d’aller voir les poulains, mais aussi elle savait qu’il y avait des ronces et des chardons. Elle espérait un peu qu’Oriane se prenne ses beaux cheveux dedans. Enfin, ce serait ses cheveux, à elle, que l’on admirerait.

La mare

Quelque temps auparavant, Dorade avait joué comme d’habitude avec les autres poulains. Le soir, ils se retrouvaient souvent pour boire dans une grande mare. Ce jour-là, le vent était complètement tombé et l’eau de la mare reflétait leurs images.

À sa grande stupéfaction Dorade vit dans l’eau qu’elle n’avait ni la crinière ni queue. Disons qu’elle avait une queue, mais sans crin.

Elle était différente, différente des autres poulains.

Dorade comprit pourquoi les autres poulains la regardaient en ricanant. Certains ne voulaient même pas jouer avec elle.

Elle se précipita en pleurant vers sa maman

- Maman, je n’ai pas de crinière ! Maman, je n’ai pas de queue ! Maman, les autres poulains ont une crinière et moi je n’en ai pas !

Sa maman la consola, et lui dit qu’effectivement, ni sa crinière ni sa queue n’avait poussé depuis sa naissance.

- En réalité, ma petite Dorade, tu n’es pas la seule. Dans la prairie qui est de l’autre côté de la rivière il y a aussi un poulain qui n’a pas de crinière. Il doit y en avoir d’autres dans le royaume.

- Les autres, ça m’est égal. Je veux une crinière comme les autres poulains de notre prairie. Je veux être comme les autres.

La fée

Dorade pleurait tant qu’une fée qui passait par là eu pitié d’elle et s’approcha

- Pourquoi pleures-tu petit poulain ?

- Snif ! Regardez-moi, vous êtes une fée, vous comprendrez pourquoi je pleure, et je suis une fille, une pouliche », dit Dorade un peu agacée par la question.

La fée regarda, elle trouva la robe de Dorade très belle, beige, beige dorée. Elle ne voyait pas pourquoi Dorade pleurait puis tout d’un coup, alors que Dorade remuait la queue, la fée compris. « Ce poulain, euh ! Cette pouliche, n’a pas de crins à la queue. Et elle n’a pas non plus de crinière ! »

- Je comprends ta tristesse. Mais ce n’est pas très grave. Des crins à la queue et à la crinière, ce n’est qu’une question d’esthétique.

- Snif ! Je veux être comme les autres poulains.

La maman qui avait vu de loin que Dorade parlait avec la fée s’était approchée.

- Ce n’est pas seulement un critère de beauté. Les crins de la queue servent à chasser les mouches. Et au moment du mariage, l’époux, l’étalon, mordille le cou de son épouse. Aucun étalon ne voudrait se marier avec une Dorade sans crinière.

Dorade pleurait de plus belle.

- Il y a bien une solution, …. », dit la fée après avoir beaucoup réfléchi.

- Laquelle ? Demanda Dorade avec impatience

- Il y a bien une solution, mais elle est pratiquement impossible à réaliser.

- Dites-la quand même, bonne fée » demanda la maman de Dorade.

- Il faudrait qu’une jeune fille, de préférence une princesse, donne ses cheveux. Et alors, je pourrais les greffer, en faire une crinière et une queue.

- Snif ! Jamais une princesse ne donnera ses cheveux. Et je ne voudrais pas qu’une jeune fille se prive de ses cheveux pour moi. Snif !

- Je vous avais bien dit que c’était pratiquement impossible. Enfin, si vous trouvez une jeune fille qui veut bien vous donner ses cheveux appelez-moi.

- Comment faut-il vous appeler ?

- Dite simplement Hahn. Appelez assez fort quand même

- Âne, comme nos cousins très éloignés

- Non Hahn, avec un « h » aspiré.

Et la fée disparut suivie d’un nuage de poussières fluorescentes.

Les ronces

Et effectivement ce qu’avait perfidement prévu Odette arriva.

Sans lunettes, Oriane ne vit les ronces qu’au dernier moment, trop tard.

Oriane se prit ses cheveux si longs, si blonds presque blancs, dans des ronces et des chardons.

Au lieu de l’aider, Odette repartit au château sous prétexte d’aller chercher des secours. Mais elle ne courut pas, elle marcha lentement. Au passage, elle huma même l’odeur d’une jolie fleur, essaya d’attraper un papillon et, finalement, elle oublia de prévenir ses parents.  

Les chardons

Maintenant les cheveux d’Oriane, ses beaux cheveux blonds presque blancs, étaient complètement pris dans les chardons et les ronces. Plus elle tirait à droite plus, ils se prenaient dans les chardons de gauche. Plus elle tirait à gauche plus, ils se prenaient dans les ronces de droite. Oriane s’arrêta alors de bouger et pleura « Oh ! mes beaux cheveux, ils sont tout emmêlés dans les ronces et les chardons. »

Son attention fut quand même attirée par un drôle de bruit qui semblait venir de la forêt toute proche. Elle tendit l’oreille, mais comme elle n’entendait plus rien, elle se dit qu’elle avait dû faire ce bruit en essayant de tirer sur ses cheveux. Elle continua d’essayer de dégager ses cheveux.

Tous les poulains avaient fui devant les mouvements brusques et les cris d’Oriane. Tous sauf un.

C’était Dorade. En voyant et entendant le désarroi d’Oriane, La petite pouliche au lieu de s’enfuir, s’était approchée.

- Je n’arriverai jamais à démêler mes cheveux. », dit Oriane en pleurant.

Alors tout doucement Dorade brouta avec infiniment de précautions les chardons.

- Que tu es gentil de m’aider petit poulain, comment t’appelles-tu ?

- Dorade, je suis une pouliche.

- Tu es gentille de m’aider, mais tu n’arriveras pas à tout retirer sans me brouter aussi les cheveux, dit Oriane en essuyant ses larmes.

Dorade commençait à mâchouiller les ronces bien qu’elle ne les aimât pas et que les épines lui piquaient la bouche et la langue.

Le loup

Oriane dit subitement

- Il se passe quelque chose de bizarre, mais je ne sais pas quoi.

Dorade s’arrêta de mâchouiller et écouta.

- Je n’entends rien.

- Justement, il n’y a plus aucun bruit. Tous les oiseaux se sont tus. Aucun chant, aucun pépiement.

Et en tournant la tête vers la forêt, elles aperçurent des yeux qui les fixaient.

En un instant, elles comprirent que ces yeux étaient ceux d’un loup, gros loup gris.

- Sauves-toi Dorade. », hurla Oriane.

- Non, je veux d’abord finir de te libérer.

Dorade coupait la dernière ronce au moment où le loup bondissait sur elle.

D’un pas sur le côté le poulain évita le fauve de justesse

Le loup se préparait déjà à bondir cette fois sur Oriane quand Dorade se leva sur ses pattes arrière. Par des moulinets de ses pattes avant, elle empêcha le loup d’atteindre Oriane. Le loup voulut alors mordre Dorade mais celle-ci s’était retournée et envoya une ruade au loup. Il était suffisamment groggy pour qu’Oriane et Dorade aient le temps de courir jusqu’au jardin et refermer la porte derrière elles.

- Tu m’as sauvé la vie. », dit Oriane encore tout essoufflée.

- Tu aurais fait la même chose pour moi. J’ai eu très peur moi aussi, je tremble encore.

Dorade pensa que les leçons de ruades que lui avait données Allegro avaient été très efficaces.

Les cheveux

Oriane était appuyée contre le cou de sa nouvelle amie, malgré sa myopie, elle se rendit compte qu’il lui manquait quelque chose.

- Mais tu n’as pas de crinière ! », s’exclama-t-elle.

- Depuis ma naissance, je n’ai ni crinière ni de crins sur ma queue.

- N’y a-t-il rien à faire ? », demanda Oriane.

- Il y a bien une solution, mais elle irréalisable.

- Comment cela irréalisable ?

Dorade lui expliqua ce que lui avait dit la fée. Sans laisser à Oriane le temps de réagir, elle lui dit « Essayons de continuer de dégager tes cheveux »

Tout en tirant sur ses cheveux, Oriane réfléchissait. Elle se ressaisit tout d’un coup et dit à sa nouvelle amie.

- Dorade, tu m’as sauvé la vie, je te donne mes cheveux !

- Je n’accepterais jamais.

- Si, il le faut. »

Avant de sortir du jardin Oriane avait laissé son panier près de la porte. Elle prit les ciseaux et commença à se couper les cheveux. Elle était maladroite et comme elle voulait se couper les cheveux le plus au ras possible, elle s’entama plusieurs fois le cuir chevelu. Le sang coulait à certains endroits.

Oriane réussit à couper entièrement ses cheveux mais ils étaient encore pris dans les ronces et les chardons.

- Qu’allons-nous faire à présent ? La fée ne pourra pas te greffer des cheveux aussi emmêlés et pris dans ces chardons et ronces.

Elles se mirent à pleurer.

Les papillons

Elles pleuraient encore quand un papillon vint butiner un chardon qui était encore pris dans les cheveux. Il n’avait jamais vu un tel chardon, il était entouré de fils d’or. « Non ce ne sont pas des fils d’or mais des cheveux blonds presque blancs. », se dit-il. Il s’éleva un peu et reconnu Dorade qui avait bousculé Allegro quand celui-ci avait failli l’avaler en broutant un chardon.

Dorade et Oriane racontèrent leurs malheurs au papillon. Il leur dit, dans son langage de papillon, de ne pas bouger et qu’il allait les aider. Il s’envola à plusieurs mètres de hauteur, et tourna plusieurs fois sur lui-même.

Dorade et Oriane le regardaient, incrédules. Comment un papillon pouvait-il démêler des cheveux.

Alors un autre papillon arriva, puis un autre, aussitôt ils se mirent à séparer un millimètre de cheveu du chardon. Bientôt, ils étaient des centaines de papillons qui doucement séparaient les cheveux des ronces et des chardons. Ils formaient un grand bouquet multicolore autour des cheveux blonds presque blancs. En émettant des molécules odorantes, le papillon sauvé par Dorade avait demandé à tous ses amis de la prairie et de la forêt de venir l’aider.

Quand tous les cheveux furent démêlés, Oriane les ressembla et les posa sur l’encolure de Dorade.

La fée

Dorade sortit du jardin en vérifiant bien que le loup avait regagné la forêt, une fois dans sa prairie, près de sa maman, elle appela la fée Hahn.

Celle-ci apparut bientôt suivie de son nuage de poussières fluorescentes.

Elle commença par disposer la moitié des cheveux sur la crinière et l’autre sur la queue.

Ensuite elle actionna sa baguette en prononçant des paroles magiques :

- Pé, Pépé, Pépépé, Tro, Trotro, …

Dorade pensa que la fée faisait allusion au trot des chevaux mais se garda bien de poser la moindre question  

- Trotrotrole, Pétrole, abracadabra, Hahn, Hahn, Hahn

- Pan, Panpan, Panpanpan,….

Les formules magiques sont vraiment bizarres se dit Dorade

- Abracadabra, tene, tenetene, tene-tene-tene.

Et les cheveux d’Oriane se fixèrent sur le cou et la queue de Dorade

 

 

 

 

Et c’est pourquoi vous verrez dans les prairies des chevaux à la robe dorée dont la crinière et la queue sont d’un blond presque blanc.

Ce cheval existe, il est de la race appelée Postier breton car il a été utilisé au XIXe et une partie du XXe siècle par les employés chargés de distribuer le courrier.

Le sang

- Ah ! Que t’es-tu arrivé Oriane », lui demanda sa mère horrifiée quand elle vit sa fille sans cheveu, « et ce sang sur ta tête ? »

- C’est en me coupant les cheveux, les ciseaux ont un peu dérapé.

- Tu as coupé tes cheveux, tes cheveux !

Odette, voyant sa sœur dans cet état, était atterrée et regrettait sincèrement de lui avoir tendu ce piège.

- Oui, pour donner mes cheveux à Dorade.

- Qui est Dorade ?

- Une petite pouliche qui n’avait ni crinière ni queue. », dit Oriane fièrement.

- Tu lui as donné tous tes beaux cheveux blonds presque blancs !

- Oui, je lui ai donné mes cheveux pour la remercier de m’avoir défendue contre un loup. Dorade m’a sauvé la vie

Sa mère s’évanouit.

Quand Odette vit le sang et sa mère évanouie. Elle courut chercher le médecin.

Le médecin, un vieux philosophe, après avoir examiné le crane d’Oriane conclut :

- Ce n’est pas grand-chose, juste quelques malheureux coups de ciseaux. J’ai désinfecté les plaies, elles cicatriseront très bien.

- Mais c’est, horrible », dit sa mère qui venait de reprendre ses esprits, « elle n’a plus de cheveux

- Ils repousseront », dit le médecin désabusé,

- Ses beaux cheveux blonds presque blancs !

- Oui, ils repousseront. Par contre, j’ai vérifié, heureusement ses vaccins sont à jour, avec ces plaies et le contact des chevaux, elle risquait le tétanos. Il ajouta en direction de la reine dont il connaissait les idées un peu spéciales. « Ce vaccin la protège du tétanos, quand je pense que certaines personnes sont contre la science et le progrès ! »

Mais la reine effondrée de voir sa fille presque chauve n’était pas d’humeur à polémiquer.

Le câlin

Plus tard, le papa d’Oriane vint la voir dans sa chambre. Elle pleurait doucement.

- Papa, pardonne-moi » dit-elle en séchant ses larmes «, «je ne t’ai pas cueilli de fleurs pour ton anniversaire » 

- Mon anniversaire n’a aucune importance. Ta maman et ta sœur m’ont tout raconté. Tu ne pleures pas seulement pour ce bouquet, n’est-ce pas ?

- Je pleure aussi mes cheveux. Papa ai-je bien fait de les donner à Dorade ?

- Ma fille, il ne faut jamais regretter une bonne action ». Il la gardant longuement dans ses bras pour la consoler.

La Taupe bis

Un jour que Dorade broutait dans une prairie, la terre remua juste à côté de la luzerne dont elle se délectait. Une taupe pointa son nez, et regarda fixement la petite pouliche.

- Mais je te connais toi ! », dit la taupe, « Je reconnais ta magnifique robe dorée. Ça y est, je sais ce qui te manquait, une crinière et une queue. Celles que tu as maintenant sont magnifiques, d’un blond presque blanc. »

Dorade s’ébroua pour bien montrer sa crinière à la taupe.

- Cette couleur me rappelle quelqu’un », continua la taupe. « Ah oui, j’y suis, les cheveux d’une princesse » et elle disparut dans sa galerie.

Le souvenir du don d’Oriane rendit Dorade un peu triste, maintenant mon amie n’avait plus de cheveux.  

Les croûtes

Bientôt les plaies qu’Oriane avait sur la tête s’étaient cicatrisées, mais il restait les croûtes. Jusqu’à la cicatrisation, Oriane était restée dans sa chambre mais maintenant elle allait pouvoir sortir. Elle voulait sortir.

Odette venait la voir plusieurs fois par jour, Oriane lui avait pardonné. Elles s’amusaient ensemble, parlaient d’une chose et d’autres, de robes. Mais elles n’abordaient jamais LE problème. Comment sortir sans cheveux ?

« Un coiffeur pourrait égaliser et arranger mes cheveux », se disait-elle en se regardant dans son miroir. « Je ne serais pas la première à porter les cheveux très courts. Mais avec des cheveux courts, on verra toutes ces croutes. Et puis, avec ces lunettes, je suis vraiment laide. »

Son papa lui avait offert une très belle paire de lunettes Daim & Girafe, mais elle n’osait pas les porter.

Elle avait essayé de porter des lentilles de contact, mais elle ne les supportait pas. Le médecin lui avait dit d’attendre un peu, des lentilles utilisant de nouvelles technologies avaient été créées et seraient bientôt disponibles. Il avait bien entendu ajouté que c’était « grâce à la Science et au Progrès ». Oriane sourit en pensant à l’humanisme désuet du vieux médecin.

Bonnet de bain

- Pourquoi ne mets-tu pas une perruque, lui avait un jour suggéré son papa ?

- J’y ai pensé, papa, mais ce n’est pas possible. Je ne trouverai jamais une perruque avec les mêmes cheveux blonds presque blancs, et aussi longs. Si je porte une perruque différente, tout le monde saura que c’est une perruque ! »

Un matin, Oriane se leva, mit ses lunettes et ouvrit sa fenêtre. Ses amis les papillons voletaient dans le jardin. Au loin Dorade broutait dans la prairie. Elle redressa la tête et face au soleil du printemps, elle dit tout haut :

- J’ai trouvé LA solution.

Elle alla fouiller dans ses affaires de piscine et sortit un bonnet de bain. C’était un bonnet de la même marque que le magnifique maillot de bain qu’elle avait reçu pour son dernier anniversaire.

Le bonnet bien enfoncé sur la tête, elle mit aussi sa paire de lunettes D & G se regarda crânement dans le miroir et finit de s’habiller.

- Tu ne vas pas sortir comme cela », lui dit Odette qu’elle croisa en descendant l’escalier. 

- Si, et les filles du royaume n’ont qu’à bien se tenir. J’ai mon idée.

Après avoir exposé cette idée à son père, celui-ci donna son accord.

- Vas-y, fonce ma fille, tu es une vraie princesse. » ? conclut-il.

Les médias 

La semaine suivante, tous les habitants du royaume purent voir en première page du magazine people « Moi, Je » la photographie d’Oriane en bonnet de bain Jeanine Desbois et lunettes Daim & Girafe. Dans les pages intérieures, Oriane apparaissait photographiée avec Dorade et expliquait pourquoi elle avait donné ses cheveux à une pouliche. Toutes les deux passèrent même à l’émission du célèbre présentateur de télévision Stéphane Orso.

Ce fut l’effet d’une bombe. Toutes les jeunes filles du royaume, et Odette à leur tête, voulurent donner leurs cheveux aux poulains sans crinières. Elles voulaient aussi toutes porter un bonnet de bain Jeanine Desbois.

Et c’est pourquoi, quand vous verrez des chevaux dont la crinière n’est pas de la même couleur que leur robe, vous saurez que c’est une jeune fille et peut être une princesse qui lui a donné ses cheveux.

Le baiser

Le capitaine louvetier et son adjoint avaient retrouvé la trace du loup auquel Daurade et Oriane avait échappé.

Il fut abattu par le jeune louvetier d’une seule balle.

C’était son premier loup, il en était très fier. Le roi le fit venir dans son château et le décora pour Service rendu au royaume. Bien entendu, Oriane était présente, à la droite du roi.

Le jeune louvetier rougit jusqu’au bout des oreilles quand le roi lui agrafa la médaille. Tous pensèrent que c’était la fierté de recevoir cette distinction qui provoquait cette rougeur. Seul le jeune louvetier savait. Son regard venait de croiser celui, attendri, d’Oriane. Et, il rêvait, il rêvait qu’en applaudissant les spectateurs scandaient « la bise, la bise, la bise. » et que la jeune princesse, si belle, si royale avec son bonnet de bain et ses lunettes, s’approchait de lui, doucement, se haussait sur l’extrême pointe des pieds et lui faisait un baiser timide sur chaque joue. La pensée de ce contact de velours sur ses joues, la pensée de ce souffle près de son visage, la pensée de ce parfum à portée de son odorat, voilà ce qui faisait rougir le jeune héros.

Peut-être qu’Oriane le savait aussi.

La mode 

Au loin, dans la prairie Allegro se pencha vers Dorade et lui dit :

- Je me demande si je ne vais pas me faire couper la crinière pour lancer la mode des crinières rasées.

La taupe qui sortait de son trou à ce moment-là pensa que les chevaux devenaient aussi stupides que les humains.

Mais, après une pause, elle se dit qu’elle devrait quand même s’acheter des lunettes Daim & Girafe.

FIN

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